Les consignes d’écriture pour cette nouvelle étaient de rédiger une scène de filature dans une rue sombre et pluvieuse de Paris. Un personnage suit un autre à travers les quartiers nocturnes de la capitale. Créez une atmosphère de tension et de mystère.
Il était vingt-trois heures. La pluie tombait sur les pavés baignés par la clarté de la lune et la lumière crue des lampadaires. Sabine marchait vite. La lueur rouge du moulin était comme un signal lumineux au loin. Le claquement de ses bottes était étouffé par le vacarme des passants et des bars bondés de gens ivres. Elle sentait la vibration de son portable sur sa cuisse. Sabine le sortit de sa poche et de sa main, le protégea de la pluie. “J’attends”. Elle souffla. Elle était en train de fourrer son portable dans sa poche quand un homme la bouscula. Il semblait bourré. “Fais gaffe !” dit-elle en reprenant sa marche. Les lèvres de l’homme remuèrent mais le son était noyé dans le tintamarre de la ville.
Sabine tourna dans une ruelle étroite, descendit des escaliers, et se retrouva dans un bar. À travers la fumée de cigarette, elle repéra Antoine. Il s’appuyait contre le mur dans un coin sombre du bar, une cigarette à la main. “Qu’est-ce qu’il y a de si urgent ?” dit Sabine.
Antoine toussa. “C’est ainsi que tu salues un ami ?” Il lui tapa l’épaule avec un petit sourire.
“Désolée.” Elle grimaça. “Ce soir, c’est mon dernier boulot.”
“Ah, plus question de rendre la justice ?” demanda-t-il avec un clin d’œil.
“Tu sais que ce que je fais n’est pas la justice.”
“Mais tu y crois, n’est-ce pas ?” dit-il en fronçant les sourcils.
“La justice n’existe pas dans notre milieu. J’accepte le travail qui m’est confié et je ne pose pas de questions. Mais ce soir, c’est fini” dit Sabine avec un soupir.
Antoine la regardait avec un air froid. Mais dès qu’elle arrêta de parler, il sourit.
Il la tapa sur l’épaule un peu plus durement qu’auparavant et lui souhaita bonne chance.
Sabine fit demi-tour et traversa le bar enfumé. Elle sortit.
Dehors, l’air était frais. La pluie tombait silencieusement sur les pavés. Sabine descendit dans la station Blanche. Les couloirs étaient vides.
Soudain, elle entendit un chuchotement. “Excusez-moi”.
Elle continua son chemin. C’était probablement un ivrogne.
“Non, mais attends !”
Quelqu’un la suivait. Le son de pas lourds résonnait dans les couloirs. Elle accéléra et sauta dans le métro juste avant la fermeture des portes. Elle se retourna et vit à travers la fenêtre l’homme qui l’avait percutée dans la rue. Ses yeux luisaient d’une résolution froide.
Son cœur battait fort quand son portable vibra dans sa poche. Antoine. Elle décrocha. “Il veut te tuer”. Comment Antoine connaissait-il cet homme ? Elle arriva à Châtelet. Qui que soit cet homme, il n’avait aucune chance de la rattraper ici. Châtelet était un vrai labyrinthe. Elle sortit. Elle était à deux pas du lieu de livraison. Elle s’approchait du pont Notre Dame quand elle entendit des pas feutrés derrière elle. Tout à coup, un froissement. Elle saisit le petit pistolet qui était dans sa poche et se tourna vers lui.
“Pourquoi tu me suis ?” lança-t-elle, un tremblement dans sa voix.
Lui aussi tenait un pistolet. “Non, je te sauve.”
“Pourquoi ça, alors ?” dit-elle, faisant un geste vers son pistolet.
“Parce que je veux pas que tu me tues alors que j’essaie de te sauver la vie !”
“Antoine m’a parlé de toi.”
Le mec ricana. “Ce traître ?”
“Pourquoi je devrais te croire ?”
“Parce qu’il m’a fait la même chose. C’est à cause de lui que je suis en cavale !” Des larmes brillaient dans ses yeux.
Sabine tremblait alors qu’elle pesait ses mots. Antoine n’était pas un ami. Tu ne pouvais avoir confiance en personne dans ce monde sombre. Mais un traître ? Lui ? Le pistolet tremblait dans sa main. Elle le baissa.
“Alors, qu’est-ce que je dois faire ?” demanda-t-elle.
“Ne va pas au point de déchargement. Il va te tuer là-bas.”
Il fit volte-face et commença à partir.
“Et où vas-tu alors ?”
“Loin,” répondit-il.
Le son de ses bottes claquant sur les pavés s’éloigna comme il marchait vers l’obscurité.
Sabine réfléchit à ses paroles. Si elle accomplissait cette mission avec succès, elle serait capable de prendre sa retraite. Et comment pourrait-elle faire confiance à un inconnu qui la suit comme un assassin ? Elle commença à marcher vers la Cathédrale Notre Dame. Alors qu’elle atteignait à l’autre extrémité du pont Notre Dame, Antoine sortit de l’ombre, une arme dans la main. Sabine s’arrêta.
“Il avait raison,” se chuchota-t-elle à elle-même.
“Qui ? Louis ?” Antoine ricana. “J’essaye de le trouver mais il me file entre les doigts encore et encore.”
“Donc, qu’est-ce que tu vas faire ?” dit Sabine d’un ton glacial.
“Je vais te tuer bien sûr” dit Antoine. Il leva son arme.
Sabine tira en l’air. Surpris, Antoine baissa son arme et Sabine enjamba la balustrade et plongea dans la Seine. Elle disparut dans l’ombre, pour ne plus jamais être revue.
